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Synthèse des témoignages 1ère journée

Les digital natives au sein des organisations ( école, entreprise )

 

« Nous sommes à un moment extraordinaire, un moment de changement, le moment de faire des choses ! »

C'est sur cette idée que Frédéric Soussin, consultant spécialisé dans les nouveaux usages du numérique a ouvert cette première journée des rencontres Vill@rdigital édition 2015.

 

Yann Echinard, maître de conférences à Sciences Po Grenoble (Master Europe à distance :http://www.sciencespo-grenoble.fr/etudier-a-sciences-po/enseignement-a-distance/ ) le rejoint :« Nous sommes dans une dynamique de changement technique, une dynamique de révolution industrielle, qui met du temps à être intégrée par la société »

C'est autour de la nécessité de s'adapter à ces changements mais aussi à celle de profiter des nouvelles possibilités offertes par le numérique, notamment dans l'éducation et le monde de l'entreprise, qu'ont tourné les discussions d'aujourd'hui.

 

En effet, comme l'a souligné Yael Briswalter, délégué au numérique de l'académie de Grenoble, la pédagogie utilisée actuellement en France n'est plus adaptée aux besoins de la société, des individus et ne profite pas assez de tous les outils numériques qui sont à notre disposition. Alors qu'ils pourraient énormément améliorer la qualité de l'enseignement. L'enseignement « ancestral » passant par des cours magistraux et une notation hiérarchisée ne semble plus coller aux attentes des étudiants issus de la génération Y.

 

Des projets éducatifs innovants

 

Le master Europe à distance, proposé par Sciences Po Grenoble, et dont Yann Echinard est venu nous parler, est réalisé entièrement sur des plateformes collaboratives. M. Echinard a constaté que cette nouvelle méthode de travail en toute autonomie semblait plus adaptée qu'un enseignement « présentiel » traditionnel notamment dans le cadre d'une formation continue. La formation tout au long de la vie apparaît d'ailleurs comme le modèle de demain, en permettant aux individus d'adapter parfaitement leur formation à leurs besoins professionnels.

 

On peut également citer les espaces collaboratifs mis en place à l'Université de Marne-la-Vallée (http://www.u-pem.fr/), dont Sylvie Mercier, professeure chargée du Master MITIC est venue nous parler. En effet, un espace de co-working a été mis en place au sein de l'université, équipé d'écrans interactifs et d'espaces de détente, dans le but de promouvoir une nouvelle manière de travailler.

Des projets éducatifs sans lien avec l'éducation nationale mais basés sur l'usage de ces nouvelles technologies arrivent également sur la toile, comme nous l'a montré dans sa présentation Christophe Batier, professeur à l'Université Lyon 1. Des « nouveaux opérateurs de savoir » se lancent sur le réseau et apparaissent comme les outils d'enseignement du futur. On pense aux MOOCS (http://www.mooc.fr/) où les enseignements des plus grandes Universités du monde sont gratuitement délivrés sur le web ou aux nombreuses chaînes éducatives qui naissent sur Youtube.

 

Quelques adresses utiles :http://www.leschiffresduedtech.com/

http://www.digischool.fr/

http://www.uncollege.org/

http://spiralconnect.univ-lyon1.fr/

Du côté des entreprises

 

Cette nécessité d'adaptation à ce qu'on appelle « la révolution numérique » ne se limite cependant pas au secteur de l'enseignement. Elle recouvre également le monde de l'entreprise. Pour rester dans la concurrence internationale, les entreprises optimisent leur organisation du travail en passant par l'outil numérique.

 

Hugues Devaulx, créateur de Coop-alternative (http://www.coop-alternatives.fr/), explique que le developpement des nouvelles technologies a entraîné la possibilité de nouvelles organisations du travail, telle que le co-working ou encore le télécommuting (télétravail). Selon lui, les entreprises devraient tirer profit de ces innovations qui apportent des gains de productivité certains.

 

Mais c'est aussi dans le domaine du recrutement que les nouvelles technologies et notamment les réseaux sociaux ont aujourd'hui une place majeure. Comme l'a souligné Jean Michel Berçot de Partners et Drouault International, le développement des réseaux sociaux professionnels (Linkedin, Viadeo, ... ) est une véritable aubaine pour les entreprises, leur permettant de dénicher les meilleurs talents mais aussi d'éviter les « mauvais  profils ». Cela nécessite donc de soigner son « e-réputation » !

 

Comme vous l'avez compris le numérique devient peu à peu central dans nos vies, dans notre éducation et dans notre travail. Yves Léon, l'un des pionniers de l'Internet, est bien placé pour savoir que le numérique devient indispensable à nos sociétés et qu'il faut donc des gens qui sachent s'en servir. C'est pour cette raison qu'il a décidé de créer l'association « social lift » qui a pour but d'intégrer des jeunes se cherchant professionnellement dans le monde du travail en leur inculquant des compétences en informatique.

 

Synthèse des témoignages 2e journée

 Les digital natives comme clients et consommateurs

  Vill@rdigitalassocié au label « French Tech » : la France et ses régions, terres d'innovation

 Du 6 au 9 janvier 2015 avait lieu l'un des plus important salon consacré à l'innovation technologique, le CES (Las Vegas, Nevada). Il accueillait des délégations du monde entier. Comme l'a souligné Jean-Pierre Verjus, président de DigitalGrenoble et grand témoin Vill@rdigital, la première délégation européenne en nombre était française composée d'une majorité de Grenoblois ! Vill@rdigitalest également intégrée à cette dynamique d'innovation de début d'année 2015.

 La « Big Data » : le « one to one » fin de la pression marketing ? 

Jean-Pierre Verjus a notamment cité la « success story » de l'entreprise « Spartoo » crée en 2006 à Grenoble par Boris Saragaglia. Cette entreprise de distribution de chaussures sur le web a désormais 130 salariés et un chiffre d'affaires de 130 millions d'euros. En décembre 2014, il faisait partie du top 20 des entrepreneurs de moins de 30 ans du magazine « Challenges ». Cette réussite s'explique par le choix d'une stratégie peu utilisée en 2006, l'optimisation des données personnelles collectées ou big data.

 Il a réussi à fidéliser une clientèle internationale en anticipant ses besoins à l'aide des « data » laissées sur internet. Avec ces données, Spartoo  cible au mieux sa clientèle en lui proposant des produits adaptés à ses besoins (en fonction de la météo, de leur activité professionnelle ou extra-professionnelle...).

 L'utilisation des données personnelles dans un but marketing est également le moteur de l'entreprise  I see U  - Digidust fondée par Julien Gautier.  Digidust (https://digidust.com/) qui propose à ses clients un service de « digitalisation » intelligente et globale de leur communication. Cela passe par une utilisation raisonnée des données personnelles des consommateurs en envoyant « le bon message à la bonne personne ».

 La communication qu'offre Digidust  est basée sur le principe du marketing « one to one ». Une publicité personnalisée mais prenant soin de ne pas agresser les consommateurs. En utilisant des paramètres plus pointus pour limiter les erreurs de ciblage. Il va, par exemple, prendre en compte les conditions météorologiques. Comme I See You l'a fait pour le compte de la commune de Villard-de-Lans en proposant un message promotionnel sur la fraîcheur de la station de montagne à destination des Lyonnais lorsque la température de leur ville dépasse le seuil de confort. Il peut aussi s'appuyer sur le mode d'utilisation d'une application ou bien sur la géolocalisation du consommateur. L'ensemble des outils est pris en compte.

 La géolocalisation est également utilisée par l'application Weekisto (http://www.weekisto.fr/), présentée par son créateur Jean Touchard. Cette application mobile constitue une sorte de « baladeur historique » se servant du système de géolocalisation pour envoyer un flux d'explications historiques instantanées.

 Cette application ludique et originale a pour but de renouveler l'intérêt pour la connaissance historique. En effet, elle apporte à l'utilisateur des explications sur les lieux et faits historiques en fonction de ses déplacements. Cette application propose aussi des jeux pour séduire le public en particulier les plus jeunes ou les enseignants.

 Le secteur immobilier se sert également de cette technologie, comme nous l'a expliqué Julien Lascoux, agent immobilier Capifrance dans le Vercors. Ce nouveau type d'agence immobilière exclusivement en ligne propose la diffusion massive d'une annonce immobilière sur plus de 1000 sites immobiliers à travers le monde touchant ainsi une clientèle d'acheteurs beaucoup plus large que celle d'une agence immobilière traditionnelle. Constituant ainsi une base de données clients offreurs/demandeurs très large.

 Une utilisation abusive des données personnelles sans accord préalable peut cependant constituer une atteinte à la vie privée. Comme l'a souligné Julien Gautier, créateur de Digidust, cet outil doit être utilisé en respectant une certaine éthique. Ce que rappelle aussi Jean-Pierre Verjus.

 L'essor du « community marketing » : la communication de l'avenir

 Le « community marketing » représente une forme innovante de communication se basant principalement sur les outils numériques web et mobile. En constituant une communauté de consommateurs partageant le même type de besoins, d'attentes voire de passions, on peut parvenir à fidéliser une clientèle sur le long terme. Benoît Laval, créateur de l'entreprise Raidlight utilise ce type de communication pour sa marque de vêtements sportifs techniques (trail, entre autres) créée en 1999. 

 Il a d'abord fait le choix d'une communication entièrement « digitale » pour limiter les frais. Dans l'idée de créer une communauté adossée à sa marque, il a ouvert un forum sur son site (http://www.raidlight.com/fr/), mettant ainsi un espace d'expression à disposition de ses clients.

Benoît Laval a aussi mis en place une plate-forme collaborative où les utilisateurs peuvent participer à la conception des produits. Tous ces apports ont permis de créer un vrai lien avec ses clients.

 Par la suite, il a décidé de pousser cette logique communautaire à la communication « physique » en mettant en place « les stations du trail ». Ce sont des bases en montagne où les membres de la « team ouverte à tous » de Raidlight se retrouvent pour échanger autour du trail, pour tester les nouveaux produits de la marque ou pour participer aux stages de trail que propose Raidlight. Ces bases accueillent près de 10.000 personnes par an et sont un moyen de fidéliser efficacement la clientèle. Avec 5 millions d'euros de chiffre d'affaires, la reprise de la marque de ski nordique Vertical et 15% de croissance annuelle, l'entreprise a prouvé l'efficacité de cette forme de marketing innovant.

 C'est aussi en créant une communauté de plusieurs milliers d'utilisateurs que Rémi Thébault, créateur de EasyMountain (http://www.easy-mountain.com/) compte développer son application mobile. Cet accompagnateur en montagne a pour but de venir en aide aux randonneurs amateurs inquiets par le risque de se perdre en montagne. Rémi Thébault espère ainsi redonner un second souffle à cette activité. En passant par un contenu interactif et ludique, en permettant aux utilisateurs de produire des contenus, il compte attirer les jeunes qui ont délaissé la randonnée.

 Les communautés professionnelles Ecobiz se territorialisent en Vercors

 Grenoble Ecobiz(http://www.grenoble-ecobiz.biz/) est une communauté de 2500 entreprises, présentées par Anne Barrand et Dominique Legigan de la CCI de Grenoble.

 C'est tout d'abord une plate-forme collaborative où les entrepreneurs échangent leurs expériences, partagent des ressources et coopèrent. GrenobleEcobiz organise aussi des rencontres « physiques », tous les mois, entre les acteurs de ce réseau, afin de pousser encore plus loin la collaboration et peut-être de voir émerger des projets communs. Le succès de cette plate-forme a poussé la CCI à implanter Ecobiz dans d'autres régions. Dominique Legigan a annoncé que serait une communauté territorialisée, VercorsEcobiz.

 

Intervention de Sophie DE MENTHON

 On peut dresser une rétrospective par rapport à ce que prévoyait le livre.

Internet permit en effet une prise de conscience, nous sommes au plus proche de l'information et les émotions en sont d'autant plus  fortes. Nous sommes interpellés en permanence par les images et vidéos qui affluent. Nous sommes plongés dans un magma d'information qui nous submerge et nous dépasse : on ne sait plus faire sans internet.
 Le livre était cependant peut être trop optimiste sur l'évolution de nos institutions qui ne sont finalement pas autant connectées que ce que l'on aurait bien voulu. Les institutions publiques changent moins vite que les privées.
La santé n'est pas autant connectée, ce qui d'un coté est rassurant puisque notre vie privée le reste, mais la prévention des risques est limitée.

Internet reste un espace humain, qui sont les premiers créateurs et consommateurs ; les objets ne communiquent que très peu entre eux.
Il y a cependant, et c'est très intéressant, une redéfinition de l'espace social et de la vie sociale. Les normes de politesse évoluent, les modèles familiaux s'adaptent, l'anonymat d'internet change notre rapport à l'autre tout en nous rapprochant.

 Dans le futur nous verrons une confirmation lourde de ces tendances, avec des défis sur comment les gérer. Le concept du télétravail se répandra, mais ne se fera pas sans une évolution des m½urs : travailler de chez soi nécessite une grande rigueur. Il faut aussi faire attention à ne pas perdre l'échange social réel, déconnecté d'internet. Le lieu de travail est un lieu de socialisation primordial.

Comment communiquerons-nous ? Nous échangeons tellement que nous ne communiquons plus, personne ne lit ses mails, ses SMS, n'écoute ses messages téléphoniques.

 Le savoir n'aura plus d'importance, ça sera la manière dont nous analyserons qui sera primordiale. Tout le monde a accès à internet et l'information infinie, la discrimination se fera sur la capacité de synthèse.

Les médias vont plus vite que les faits et font les faits.

Le monde du travail va devoir se réformer, outre le télétravail. Flexibilité et adaptabilité seront les maitres mots, que ce soit pour les entreprises ou pour les salariés. L'économie globalisée mettra chacun en concurrence avec le reste du monde et je plaide en faveur d'une libération des énergies, de sortir d'un carcan régulateur qui freine trop souvent les initiatives.

 

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